ESSENTIEL - Les amortissements
Une immobilisation ne disparaît pas d'un coup : elle se consomme. L'amortissement traduit cette consommation, en répartissant le coût du bien sur les exercices qui en profitent. Il ne s'agit donc ni d'une perte de valeur constatée, ni d'une provision pour renouvellement, mais d'une répartition planifiée décidée dès l'entrée du bien au patrimoine.
Le principe
L'amortissement est la répartition systématique du montant amortissable d'un actif en fonction de son utilisation. Trois idées s'y trouvent, et chacune compte.
Systématique d'abord : le rythme est défini à l'avance, dans un plan d'amortissement établi à la date d'entrée du bien. Il ne s'improvise pas à chaque clôture.
En fonction de l'utilisation ensuite : c'est l'usage attendu du bien par l'entreprise qui commande la durée et le mode, pas une durée fiscale ni la durée de vie théorique du matériel.
Du montant amortissable enfin : ce n'est pas nécessairement le coût d'acquisition, puisqu'il faut en retrancher la valeur résiduelle lorsqu'elle est significative et mesurable.
Quels biens sont concernés ?
| Catégorie | Amortissable ? | Pourquoi |
| Matériel, outillage, véhicules, mobilier | Oui | Leur utilisation est limitée dans le temps |
| Constructions | Oui | Usure et obsolescence, souvent par composants |
| Logiciels, brevets | Oui | Durée de protection ou d'utilisation limitée |
| Terrains | Non | Leur potentiel de services ne se consomme pas |
| Fonds commercial | Non par principe | Amortissable seulement si sa durée d'utilisation est limitée, ou par présomption pour les petites entreprises |
| Immobilisations financières | Non | Elles relèvent de la dépréciation, pas de l'amortissement |
| Immobilisations en cours | Non | L'amortissement ne commence qu'à la mise en service |
Les quatre éléments à définir avant de calculer
| Élément | Définition | Piège à éviter |
| Base amortissable | Coût d'acquisition diminué de la valeur résiduelle, lorsque celle-ci est significative et mesurable | Amortir sur le coût total alors qu'une valeur de revente est certaine |
| Durée d'utilisation | La durée pendant laquelle l'entreprise compte utiliser le bien | Retenir la durée d'usage fiscale au lieu de la durée réelle d'utilisation |
| Mode d'amortissement | Le rythme de consommation des avantages économiques : linéaire, dégressif ou unités d'œuvre | Choisir le mode pour son effet fiscal plutôt que pour sa cohérence économique |
| Date de départ | La date de mise en service, et non la date d'acquisition ni celle de la facture. Exception pour les logiciels acquis, amortis dès leur date d'acquisition. | Faire courir l'amortissement dès l'achat, avant utilisation effective |
Les trois méthodes
| Linéaire | Dégressif | Unités d'œuvre | |
| Logique | Consommation régulière dans le temps | Consommation plus forte les premières années | Consommation liée à l'usage réel |
| Calcul | Base ÷ durée, au prorata temporis la première année | Taux linéaire × coefficient, appliqué à la valeur nette | Base × (unités de la période ÷ unités totales prévues) |
| Nature | Comptable et fiscale | Fiscale avant tout : justifie souvent un amortissement dérogatoire | Comptable, la plus fidèle à la réalité économique |
| Date de départ | Mise en service, avec prorata temporis | Premier jour du mois d'acquisition, en mois entiers | Mise en service, mais sans prorata : l'annuité suit les unités consommées |
| Cas d'usage | La plupart des biens | Biens neufs éligibles, matériel industriel | Machines dont l'usure dépend de la production |
Le mode retenu doit traduire le rythme réel de consommation des avantages économiques. Lorsque le mode fiscal diffère du mode comptable, l'écart se traduit par un amortissement dérogatoire, traité dans le mémo dédié.
La ligne « date de départ » mérite une attention particulière : c'est une source d'erreur classique.
Le dégressif ne suit pas le prorata temporis du linéaire, mais compte en mois entiers à partir du premier jour du mois d'acquisition : le mois d'achat est retenu en entier, même pour un bien acquis le 28.
Les unités d'œuvre, elles, ignorent la notion de prorata : si le bien n'a rien produit sur la période, l'annuité est nulle.
Un exemple chiffré
Une machine est acquise 24 000 € HT et mise en service le 1er avril N. Sa durée d'utilisation est estimée à 5 ans, sans valeur résiduelle. L'amortissement est linéaire.
Annuité complète : 24 000 ÷ 5 = 4 800 €. Première annuité, au prorata temporis du 1er avril au 31 décembre, soit 9 mois : 4 800 × 9/12 = 3 600 €.
| Exercice | Base | Annuité | Cumul | Valeur nette comptable |
| N | 24 000,00 € | 3 600,00 € | 3 600,00 € | 20 400,00 € |
| N+1 | 24 000,00 € | 4 800,00 € | 8 400,00 € | 15 600,00 € |
| N+2 | 24 000,00 € | 4 800,00 € | 13 200,00 € | 10 800,00 € |
| N+3 | 24 000,00 € | 4 800,00 € | 18 000,00 € | 6 000,00 € |
| N+4 | 24 000,00 € | 4 800,00 € | 22 800,00 € | 1 200,00 € |
| N+5 | 24 000,00 € | 1 200,00 € | 24 000,00 € | 0,00 € |
Le plan s'étale sur six exercices comptables pour une durée de cinq ans, parce que la mise en service intervient en cours d'année. La dernière annuité, de 1 200 €, correspond aux trois mois restants.
L'écriture
À chaque clôture, une seule écriture, pour l'annuité de la période :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 68112 | Dotations aux amortissements des immobilisations corporelles | 3 600,00 | |
| 28154 | Amortissements du matériel industriel | 3 600,00 |
Le compte d'amortissement, en 28, vient en diminution de l'immobilisation à l'actif : le bilan présente la valeur brute, les amortissements cumulés et la valeur nette comptable. L'immobilisation elle-même n'est jamais créditée tant que le bien reste au patrimoine.
Amortissement, dépréciation, amortissement dérogatoire
Trois notions voisines que l'on confond souvent, et qui répondent à des logiques distinctes.
| Amortissement | Dépréciation | Amortissement dérogatoire | |
| Ce qu'il constate | La consommation planifiée des avantages économiques | Une perte de valeur imprévue | Un écart entre règles comptables et fiscales |
| Caractère | Systématique et irréversible | Réversible | Purement fiscal |
| Comptes | 68112 / 28… | 6816 / 29… | 68725 / 145 |
| Déclencheur | Le plan défini à l'origine | Un indice de perte de valeur | Une différence de mode ou de durée |
Une dépréciation constatée modifie la base amortissable pour l'avenir : les annuités futures sont recalculées sur la nouvelle valeur nette comptable, sans que les dotations passées soient rectifiées.
Cas particuliers
| Situation | Ce qu'il faut retenir |
| Immobilisation décomposée | Chaque composant significatif suit son propre plan, avec sa durée et son mode ; la structure est amortie séparément |
| Valeur résiduelle significative | Elle vient en diminution de la base amortissable, à condition d'être mesurable dès l'origine |
| Changement d'utilisation en cours de vie | Le plan est révisé de façon prospective : les annuités futures changent, les précédentes restent acquises |
| Cession en cours d'exercice | Une dotation complémentaire est constatée jusqu'à la date de cession avant de solder les comptes |
| Bien totalement amorti mais toujours utilisé | Il reste au bilan pour sa valeur brute, avec un amortissement égal : la VNC est nulle, l'utilisation continue |
| Logiciel acquis | L'amortissement court dès la date d'acquisition, et non à la mise en service : l'obsolescence commence à l'achat |
| Logiciel créé en interne | Les coûts sont immobilisés au fur et à mesure de la production ; l'amortissement démarre à l'achèvement du projet |
| Petit matériel de faible valeur | Il peut être passé directement en charges, sous conditions, sans plan d'amortissement |
Erreurs fréquentes et bonnes pratiques
| Erreur fréquente | Bonne pratique |
| Faire courir l'amortissement dès l'acquisition | Retenir la date de mise en service : c'est l'utilisation qui déclenche la consommation |
| Retenir la durée d'usage fiscale comme durée comptable | Estimer la durée d'utilisation réelle par l'entreprise, et justifier l'écart s'il existe |
| Oublier le prorata temporis la première année | Calculer l'annuité au nombre de mois d'utilisation effective |
| Appliquer le prorata du linéaire au dégressif | En dégressif, compter en mois entiers depuis le premier jour du mois d'acquisition |
| Créditer le compte d'immobilisation au lieu du compte 28 | L'immobilisation reste à sa valeur brute : seul le compte d'amortissement est mouvementé |
| Ignorer la valeur résiduelle lorsqu'elle est significative | La déduire de la base amortissable dès l'établissement du plan |
| Amortir un terrain ou une immobilisation en cours | Réserver l'amortissement aux biens mis en service dont l'utilisation est limitée dans le temps |
| Confondre amortissement et dépréciation | L'un est planifié et irréversible, l'autre constaté et réversible |
En résumé
| Principe | Ce qu'il impose |
| Répartition systématique | Le plan est défini à l'origine et suivi, non révisé au gré des résultats |
| Primauté de l'utilisation | La durée et le mode traduisent l'usage réel du bien par l'entreprise |
| Date de mise en service | C'est elle qui déclenche l'amortissement, sauf pour les logiciels acquis et pour le dégressif, qui part du mois d'acquisition |
| Base amortissable | Coût d'acquisition diminué de la valeur résiduelle significative |
| Révision prospective | Un changement d'estimation modifie l'avenir, jamais le passé |
Dans la bibliothèque Rodco
Essentiels
- Charge ou immobilisation : comment distinguer ?
- Les immobilisations par composants et l'amortissement linéaire
- Les tests de dépréciation des actifs
- Les travaux d'inventaire
Mémos
- L'amortissement des immobilisations : principes généraux
- L'amortissement linéaire : calcul et prorata temporis
- L'amortissement dégressif : conditions, coefficients et calcul
- L'amortissement par unités d'œuvre : calcul et cas d'usage
- L'amortissement dérogatoire
- Comment lire le tableau des immobilisations et le tableau des amortissements en annexe
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