MÉMO - La marge sur coût spécifique : faut-il abandonner un produit déficitaire ?
Un produit qui paraît déficitaire en coût complet n’est pas forcément à abandonner.
La méthode des coûts spécifiques répond à cette question : on déduit du chiffre d’affaires de chaque produit ses charges variables, puis les charges fixes qui lui sont propres, comme la location d’une machine qui ne sert qu’à lui.
Le reste, la marge sur coût spécifique, est sa contribution à la couverture des charges fixes communes. Tant qu’elle est positive, supprimer le produit fait baisser le résultat de l’entreprise, car les charges communes, elles, demeurent.
Comment calculer cette marge, et comment s’en servir pour décider du maintien d’un produit ?
Réponse rapide
| Notion | Calcul | Ce qu’elle indique |
|---|---|---|
| Marge sur coût variable | Chiffre d’affaires − charges variables | Ce que le produit dégage avant toute charge fixe |
| Charges fixes spécifiques | Charges fixes directement liées au produit, qui disparaissent avec lui | Le coût de la structure propre au produit |
| Coût spécifique | Charges variables + charges fixes spécifiques | Tout ce que coûte le produit et que l’on économiserait en l’abandonnant |
| Marge sur coût spécifique | Marge sur coût variable − charges fixes spécifiques | La contribution du produit à la couverture des charges fixes communes |
| Résultat | Somme des marges sur coût spécifique − charges fixes communes | Le résultat global, sans répartition arbitraire des charges communes |
Un exemple chiffré
Un magasin de cycles exerce trois activités. Hypothèses : les charges fixes spécifiques (location d’un atelier, d’une flotte de vélos, d’un logiciel) disparaissent si l’activité cesse ; le loyer, l’assurance et le personnel d’accueil, soit 30 000 € par an, sont communs et subsistent quelle que soit la décision.
| Élément | Vente | Location | Réparation | Total |
|---|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 60 000 € | 40 000 € | 20 000 € | 120 000 € |
| Charges variables | 24 000 € | 20 000 € | 12 000 € | 56 000 € |
| Marge sur coût variable | 36 000 € | 20 000 € | 8 000 € | 64 000 € |
| Charges fixes spécifiques | 12 000 € | 8 000 € | 5 000 € | 25 000 € |
| Marge sur coût spécifique | 24 000 € | 12 000 € | 3 000 € | 39 000 € |
| Charges fixes communes | 30 000 € | |||
| Résultat | 9 000 € |
Si l’on répartit les 30 000 € de charges communes au prorata du chiffre d’affaires (15 000 €, 10 000 € et 5 000 €), la réparation semble perdre 2 000 € (3 000 − 5 000).
La supprimer ferait pourtant tomber le résultat à 24 000 + 12 000 − 30 000 = 6 000 € : l’entreprise perdrait les 3 000 € de marge sur coût spécifique que l’activité apportait, sans économiser un euro de charges communes.
La réparation est peu contributive, mais elle contribue ; mieux vaut chercher à relever sa marge, par les prix ou par une meilleure utilisation de l’atelier, que l’abandonner.
Erreurs fréquentes et bonnes pratiques
| Erreur | Conséquence | Bonne pratique |
|---|---|---|
| Décider de l’abandon d’un produit sur son résultat en coût complet | Un produit contributif est supprimé et le résultat global baisse. | Raisonner sur la marge sur coût spécifique : seules les charges qui disparaissent avec le produit comptent. |
| Classer en charges spécifiques des charges qui subsisteraient | La marge sur coût spécifique est sous-estimée. | Vérifier pour chaque charge fixe qu’elle cesserait réellement avec le produit (contrat résiliable, matériel dédié). |
| Répartir les charges communes entre les produits | La répartition, souvent au chiffre d’affaires, crée des pertes apparentes. | Laisser les charges communes au niveau global et les couvrir par la somme des marges. |
| Oublier la partie variable des charges de personnel ou des commissions | La marge sur coût variable est surestimée. | Isoler la part variable (commission, prime sur chiffre d’affaires) et la rattacher au produit. |
| Ignorer les liens entre produits | La suppression d’un produit fait aussi chuter les ventes d’un autre (clients perdus, offre moins attractive). | Estimer l’effet de la suppression sur les ventes des autres produits avant de décider. |
| Conclure sans regarder le risque d’exploitation | On garde un produit contributif sans voir que l’ensemble est proche du seuil. | Compléter l’analyse par le seuil de rentabilité, l’indice de sécurité et le levier opérationnel. |
| Confondre marge faible et marge négative | Un produit peu contributif est abandonné au lieu d’être amélioré. | Distinguer : marge négative, abandon à étudier ; marge faible, actions sur les prix, les volumes ou les charges spécifiques. |
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En résumé
| Point clé | Réponse |
|---|---|
| Qu’est-ce qu’une charge fixe spécifique ? | Une charge fixe directement rattachable à un produit ou une activité, et qui disparaîtrait avec lui. |
| Quand faut-il envisager d’abandonner un produit ? | Quand sa marge sur coût spécifique est négative, et après avoir vérifié l’effet de la suppression sur les autres ventes. |
| Pourquoi ne pas répartir les charges communes ? | Parce que toute clé de répartition est arbitraire et que ces charges subsistent quelle que soit la décision. |
| Quel lien avec le coût variable ? | La méthode des coûts spécifiques prolonge celle du coût variable en isolant, parmi les charges fixes, celles qui sont propres à chaque produit. |
| Où est-elle au programme ? | DCG UE11, formation du résultat et méthodes de coûts adaptées aux situations ; BTS CG processus 5, évaluation des coûts et des marges et analyse de la décision de gestion. |
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