MÉMO - Comment calculer la CAF prévisionnelle d’un projet d’investissement ?

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Une entreprise étudie l’achat d’une machine. Pour décider, elle doit chiffrer ce que cette machine rapportera chaque année en trésorerie, et non ce qu’elle fera apparaître au compte de résultat. C’est l’objet de la capacité d’autofinancement prévisionnelle du projet : le résultat net dégagé par le projet, augmenté des dotations aux amortissements du bien investi, soit 55 000 € par an dans l’exemple développé plus bas pour un investissement de 200 000 €.

Deux points demandent de la méthode : la place de l’impôt dans la séquence de calcul, et la frontière entre cette CAF et le flux net de trésorerie qui sert ensuite à la VAN.

Réponse rapide

Question Réponse
Que mesure la CAF prévisionnelle d’un projet ? Les ressources d’exploitation que ce projet, et lui seul, dégagera chaque année, avant prise en compte de son financement.
Comment la calcule-t-on ? Excédent brut d’exploitation du projet, moins les dotations aux amortissements, moins l’impôt sur les sociétés, puis réintégration des dotations.
Existe-t-il un contrôle du calcul ? Oui. La formule « excédent brut d’exploitation × (1 − taux d’impôt) + dotations × taux d’impôt » doit donner le même montant.
Les charges d’intérêts de l’emprunt y figurent-elles ? Non. Le coût du financement est déjà porté par le taux d’actualisation. L’inscrire aussi dans la CAF le compterait deux fois.
Est-ce la même chose que le flux net de trésorerie ? Non. Le flux net ajoute à la CAF le montant investi, la variation du besoin en fonds de roulement et la valeur résiduelle.

Ce qui distingue la CAF prévisionnelle de la CAF comptable

Les deux grandeurs portent le même nom et répondent à la même logique, neutraliser les charges et les produits qui ne touchent pas la trésorerie, mais elles ne mesurent pas la même chose.
La CAF comptable constate. La CAF prévisionnelle simule, sur un périmètre réduit au seul projet.

Point de comparaison CAF comptable (de l’exercice) CAF prévisionnelle (du projet)
Périmètre Toute l’activité de l’entreprise. Les seuls produits et charges supplémentaires apportés par le projet.
Horizon L’exercice écoulé, à partir de comptes arrêtés. Chaque année de la durée de vie retenue pour le projet, à partir d’hypothèses.
Charges financières Elles sont déduites : elles figurent dans le résultat net dont part le calcul. Elles sont écartées : le coût des ressources est porté par le taux d’actualisation.
Éléments exceptionnels Ils sont neutralisés poste par poste, les plus-values de cession notamment. Ils n’existent pas : le projet est chiffré hors opération exceptionnelle.
Usage Mesurer la capacité de remboursement et l’autonomie financière constatées. Alimenter le calcul de la VAN et du TRI, puis le plan de financement.

La séquence de calcul

Étape Libellé Signe
1 Chiffre d’affaires supplémentaire attendu du projet +
2 Charges variables supplémentaires −
3 Charges fixes supplémentaires effectivement décaissées −
4 Excédent brut d’exploitation du projet =
5 Dotations aux amortissements du bien investi −
6 Résultat avant impôt du projet =
7 Impôt sur les sociétés −
8 Résultat net du projet =
9 Dotations aux amortissements du bien investi +
10 Capacité d’autofinancement prévisionnelle du projet =

Les dotations aux amortissements traversent le calcul deux fois, et c’est voulu. Elles sont retirées à l’étape 5 parce qu’elles réduisent la base imposable, donc l’impôt. Elles sont remises à l’étape 9 parce qu’elles ne sont jamais décaissées. Leur seul effet réel sur la trésorerie est l’économie d’impôt qu’elles procurent, égale au montant de la dotation multiplié par le taux d’impôt.

Un exemple chiffré

Hypothèses retenues :

  • Machine acquise pour 200 000 € HT, le premier jour de l’exercice, sans prorata temporis.
  • Amortissement linéaire sur 5 ans, soit une dotation annuelle de 40 000 €.
  • Chiffre d’affaires supplémentaire de 180 000 € par an, stable sur les cinq années.
  • Charges variables supplémentaires de 90 000 € par an et charges fixes supplémentaires décaissées de 30 000 € par an.
  • Taux d’impôt sur les sociétés retenu : 25 %, l’entreprise dépassant déjà le plafond du taux réduit.
  • Besoin en fonds de roulement du projet égal à 10 % du chiffre d’affaires supplémentaire, soit 18 000 € à constituer avant le démarrage.
  • Machine cédée 15 000 € à la fin de la cinquième année, alors qu’elle est totalement amortie.
Poste Montant (€)
Chiffre d’affaires supplémentaire 180 000
Charges variables supplémentaires − 90 000
Charges fixes supplémentaires décaissées − 30 000
Excédent brut d’exploitation du projet 60 000
Dotations aux amortissements − 40 000
Résultat avant impôt 20 000
Impôt sur les sociétés − 5 000
Résultat net 15 000
Dotations aux amortissements + 40 000
CAF prévisionnelle du projet 55 000

Calculs : dotation annuelle = 200 000 / 5 = 40 000 €. Impôt = 20 000 × 25 % = 5 000 €.

Le contrôle du calcul

Comme pour la CAF comptable, une seconde formule doit aboutir au même montant. Elle a l’avantage de faire apparaître l’économie d’impôt pour elle-même.

Composante Montant (€)
Excédent brut d’exploitation après impôt 45 000
Économie d’impôt procurée par les dotations aux amortissements 10 000
CAF prévisionnelle du projet 55 000

Calculs : 60 000 × (1 − 0,25) = 45 000 € ; 40 000 × 0,25 = 10 000 €. La convergence des deux méthodes est le contrôle le plus simple du calcul.

Du calcul de la CAF au flux net de trésorerie

La CAF prévisionnelle ne suffit pas à calculer une VAN. Elle ignore le montant investi, la trésorerie que le projet immobilise et ce que vaudra le bien à la sortie. Ces trois éléments s’ajoutent dans un second tableau.

Élément Année 0 Années 1 à 4 Année 5
CAF prévisionnelle du projet - 55 000 55 000
Investissement - 200 000 - -
Constitution du besoin en fonds de roulement - 18 000 - -
Récupération du besoin en fonds de roulement - - + 18 000
Valeur résiduelle nette d’impôt - - + 11 250
Flux net de trésorerie - 218 000 55 000 84 250

Calculs : valeur résiduelle nette = 15 000 − (15 000 − 0) × 25 % = 11 250 €. La machine étant totalement amortie, sa valeur nette comptable est nulle : la totalité du prix de cession constitue une plus-value à court terme, imposée au taux normal de l’impôt sur les sociétés (art. 39 duodecies et 219, I du CGI).

Erreurs fréquentes et bonnes pratiques

Erreur Conséquence Bonne pratique
Déduire les charges d’intérêts de l’emprunt qui finance le projet. Le coût du financement est compté deux fois, puisqu’il figure déjà dans le taux d’actualisation. La VAN ressort trop faible et un projet rentable peut être écarté. Arrêter le calcul à l’exploitation. Le projet se chiffre avant financement : c’est le taux d’actualisation qui porte le coût des ressources.
Partir de la CAF comptable de l’entreprise plutôt que de celle du projet. Le calcul mesure la performance passée de l’entreprise entière, pas l’apport de l’investissement étudié. Ne retenir que les produits et les charges supplémentaires que le projet fait naître, dans une logique différentielle.
Omettre de déduire les dotations aux amortissements avant l’impôt. L’impôt est calculé sur l’excédent brut d’exploitation. La CAF est sous-évaluée du montant de l’économie d’impôt, soit 10 000 € dans l’exemple ci-dessus. Respecter la séquence du tableau 3 : les dotations sortent du calcul avant l’impôt et y reviennent après.
Confondre la CAF prévisionnelle et le flux net de trésorerie. Le montant investi, le besoin en fonds de roulement et la valeur résiduelle disparaissent du calcul. La VAN ressort très surévaluée. Construire deux tableaux distincts : la CAF année par année, puis le passage aux flux nets de trésorerie.
Négliger le besoin en fonds de roulement du projet. La trésorerie que le projet immobilise en stocks et en créances clients n’est jamais financée dans le calcul. Chiffrer le besoin en fonds de roulement à l’année 0, puis à chaque variation du chiffre d’affaires, et le récupérer sur le dernier flux.
Retenir la valeur résiduelle pour son prix de cession brut. L’impôt sur la plus-value de cession est oublié. Le dernier flux est surévalué de 3 750 € dans l’exemple ci-dessus. Retenir le prix de cession diminué de l’impôt, calculé sur l’écart entre ce prix et la valeur nette comptable du bien.
Appliquer un taux d’impôt qui n’est pas celui de l’entreprise. L’économie d’impôt sur les dotations est faussée, et avec elle le montant de la CAF. Retenir le taux auquel le résultat supplémentaire sera réellement imposé : 25 %, ou 15 % dans la limite de 42 500 € de bénéfice pour une PME qui remplit les conditions de l’article 219, I-b du CGI.

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En résumé

Point clé Réponse
Pourquoi les dotations aux amortissements sont-elles réintégrées ? Parce qu’elles ne sont pas décaissées. Leur seul effet sur la trésorerie est l’économie d’impôt qu’elles procurent.
Quel taux d’impôt appliquer ? Le taux auquel le résultat supplémentaire du projet sera imposé : 25 %, ou 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice pour une PME éligible au taux réduit.
Que devient le besoin en fonds de roulement à la fin du projet ? Il est récupéré pour son montant cumulé et figure en ressource sur le dernier flux de trésorerie.
Comment chiffrer la valeur résiduelle ? Prix de cession attendu diminué de l’impôt sur la plus-value, soit l’écart entre ce prix et la valeur nette comptable du bien, multiplié par le taux d’impôt.
Et si l’entreprise est déficitaire sur les premières années ? L’économie d’impôt sur les dotations est décalée au premier exercice bénéficiaire. Poser l’hypothèse explicitement plutôt que l’ignorer.
À quoi sert ensuite la CAF prévisionnelle ? À calculer la VAN et le TRI du projet, puis à alimenter le plan de financement, où elle constitue la principale ressource interne.

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