ESSENTIEL - Les stocks : évaluation et dépréciation

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Une entreprise commerciale ou industrielle a presque toujours des stocks à sa clôture : marchandises non vendues, matières premières non consommées, produits en cours de fabrication ou déjà terminés.

Leur valorisation n'est pas un détail technique : une erreur sur un stock modifie directement le résultat de l'exercice, dans un sens ou dans l'autre.

Deux questions se posent systématiquement : à quel coût entre-t-on un stock, et à quel coût en sort-on quand on ne peut pas identifier physiquement chaque unité vendue ?

Une troisième question se pose à la clôture : ce stock vaut-il encore ce qu'il a coûté ?

Le principe

Un stock est un bien destiné

  • soit à être vendu en l'état (marchandises),
  • soit à être consommé dans le processus de production (matières premières, autres approvisionnements),
  • soit à être vendu après transformation (en-cours de production, produits finis).

Il se distingue d'une charge par sa destination : tant qu'il n'est pas vendu ou consommé, il reste à l'actif du bilan.

Les grandes catégories de stocks

Compte Nature
31 Matières premières et fournitures
32 Autres approvisionnements : emballages, fournitures diverses
33 En-cours de production de biens
34 En-cours de production de services
35 Stocks de produits intermédiaires, finis, résiduels
37 Stocks de marchandises

Le coût d'entrée : achat ou production

Origine du stock Composition du coût d'entrée
Bien acheté : matières, marchandises Prix d'achat, augmenté des frais accessoires d'achat engagés pour mettre le bien en état d'utilisation — transport, douane, commissions —, à l'exclusion des frais financiers
Bien produit par l'entreprise Coût d'acquisition des matières consommées, charges directes de production et charges indirectes de production rattachables, à l'exclusion des charges de sous-activité et, en principe, des frais financiers

Les remises, rabais et ristournes obtenus sur facture viennent en diminution du coût d'achat ; l'escompte de règlement, lui, n'en fait pas partie (c'est un produit financier, indépendant du coût du bien).

Les méthodes de valorisation à la sortie

Quand les unités en stock sont interchangeables (biens fongibles : un kilo de farine en vaut un autre), il est impossible de savoir physiquement laquelle est sortie en premier. Le PCG impose alors de choisir entre deux méthodes.

Méthode Principe Référence
CUMP, coût unitaire moyen pondéré Chaque sortie est valorisée au coût moyen des entrées, recalculé après chaque entrée ou en fin de période, mois ou exercice PCG, art. 213-34
FIFO ou PEPS, premier entré premier sorti Les sorties sont valorisées dans l'ordre chronologique des entrées : les unités les plus anciennes sortent d'abord, à leur coût d'entrée réel PCG, art. 213-34

La méthode LIFO (dernier entré, premier sorti) n'est pas autorisée en comptabilité française. Pour les biens non interchangeables (identifiables individuellement, ex. un véhicule immatriculé en stock chez un concessionnaire), c'est le coût réel d'acquisition ou de production de chaque unité qui est retenu (art. 213-33).

Cas particuliers

Situation Ce qu'il faut retenir Pour aller plus loin
Choix entre CUMP et FIFO Les deux méthodes sont autorisées ; le choix relève d'une décision de gestion, à appliquer de façon permanente MÉMO - CUMP ou FIFO (PEPS)
Stock qui perd de la valeur à la clôture Si la valeur actuelle, de marché ou d'utilité, devient inférieure à la valeur comptable, une dépréciation doit être constatée MÉMO - Calculer et comptabiliser une dépréciation de stock
Stock d'en-cours dans un contrat à long terme L'évaluation dépend de la méthode retenue pour le contrat, achèvement ou avancement MÉMO - Le stock d'en-cours dans un contrat à long terme
Stock facturé en devises Le stock est comptabilisé au cours du jour de l'opération ; les écarts éventuels relèvent des règles de conversion, pas de la valorisation du stock ESSENTIEL - Les opérations en devises
Charges de sous-activité Elles ne peuvent pas être incorporées au coût de production du stock : la part de charges fixes non absorbée reste en charge de l'exercice MÉMO - Sous-activité et valorisation des stocks

La dépréciation des stocks

À chaque clôture, il faut comparer la valeur comptable du stock (son coût d'entrée) à sa valeur actuelle : le prix de vente estimé diminué des frais restant à engager pour le vendre (coûts d'achèvement, de commercialisation), ou la valeur de remplacement pour des matières premières. Si la valeur actuelle est inférieure, la différence est constatée en dépréciation,  jamais en réduction directe du compte de stock.

Compte Libellé
391 Dépréciations des matières premières et fournitures
392 Dépréciations des autres approvisionnements
393 Dépréciations des en-cours de production de biens
394 Dépréciations des en-cours de production de services
395 Dépréciations des stocks de produits
397 Dépréciations des stocks de marchandises
6817 Dotations pour dépréciations des actifs circulants, en charge
7817 Reprises sur dépréciations des actifs circulants, en produit

Comme pour toute dépréciation, la situation doit être réexaminée à chaque clôture : si le risque augmente, on complète la dépréciation ; s'il diminue, on reprend l'excédent ; s'il disparaît, on reprend la totalité.

Erreurs fréquentes et bonnes pratiques

Erreur Conséquence Bonne pratique
Utiliser la méthode LIFO Méthode non autorisée en comptabilité française, comptes non conformes Choisir entre CUMP et FIFO uniquement
Inclure les frais financiers dans le coût de production Coût de stock surévalué, et résultat majoré à due concurrence Exclure les frais financiers, sauf le cas particulier des cycles de production supérieurs à douze mois
Incorporer les charges de sous-activité au coût de production Le stock absorbe des charges fixes que l'activité réelle n'a pas justifiées Neutraliser la part de charges fixes non absorbée et la laisser en charge de l'exercice
Changer de méthode de valorisation d'un exercice à l'autre sans justification Comparabilité des comptes faussée, permanence des méthodes rompue Conserver la même méthode, justifier et documenter tout changement exceptionnel en annexe
Ne pas déprécier un stock obsolète ou invendable Actif surévalué au bilan et principe de prudence non respecté Réexaminer la valeur actuelle du stock à chaque clôture, même en l'absence d'indice évident : la dépréciation est une obligation, pas une option
Créditer directement le compte de stock au lieu du compte de dépréciation Perte de la traçabilité de la valeur d'origine du stock Passer systématiquement par un compte 39x, jamais en réduction directe du stock
Laisser en charges un bien non consommé et non vendu à la clôture Résultat de l'exercice minoré et actif sous-évalué Distinguer le stock, qui va au bilan, de la charge de la période, qui va au résultat

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En résumé

Principe comptable Ce qu'il impose ici
Indépendance des exercices Seule la part réellement consommée des achats de l'exercice pèse sur son résultat : la variation des stocks reporte sur les exercices suivants la part achetée mais non consommée
Image fidèle Le bilan présente la valeur réelle des stocks détenus à la clôture, ni surévaluée ni sous-évaluée
Prudence L'écriture de variation ne dispense pas d'apprécier séparément si ce stock a perdu de la valeur : les deux logiques sont distinctes et cumulatives

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