ESSENTIEL — Les emprunts : mise en place, remboursement et comptabilisation
Pourquoi cet essentiel ?
Une entreprise finance une partie de ses investissements par emprunt. Le terme « emprunt » recouvre en réalité deux grandes familles très différentes en comptabilité : l'emprunt indivis, contracté auprès d'un seul prêteur (le plus souvent un établissement de crédit), et l'emprunt obligataire, fractionné entre de nombreux souscripteurs sous forme de titres négociables. Cet essentiel traite de l'emprunt indivis « classique » — sa mise en place, son remboursement et sa comptabilisation à chaque échéance. Le cas particulier de l'emprunt obligataire fait l'objet d'un mémo dédié (voir « Dans la bibliothèque Rodco » en fin d'article).
Le principe : une dette envers un seul prêteur
L'emprunt indivis est une dette financière contractée auprès d'un seul créancier (banque, établissement de crédit, parfois un associé). Il est comptabilisé au compte 164 « Emprunts auprès des établissements de crédit » (ou 1681 « Autres emprunts » si le prêteur n'est pas un établissement de crédit), pour son montant nominal, dès la mise à disposition des fonds.
Rappel : les trois modalités de remboursement du capital
Un contrat de prêt précise un échéancier de remboursement (tableau d'amortissement) qui obéit en général à l'une de ces trois logiques : amortissement par fractions égales (« amortissements constants »), amortissement par annuités constantes, ou remboursement in fine (capital remboursé en une seule fois à l'échéance, seuls les intérêts étant versés dans l'intervalle).
Le détail du calcul de chaque mode, leur comparaison en coût et en trésorerie, ainsi que la distinction taux nominal / TEG, sont traités dans le mémo « L'emprunt » (voir « Dans la bibliothèque Rodco » en fin d'article) : cet essentiel se concentre sur la traduction comptable de ces échéanciers.
La comptabilisation de la mise en place de l'emprunt
À la date de mise à disposition des fonds par la banque :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 512 | Banque | Montant emprunté | |
| 164 | Emprunts auprès des établissements de crédit | Montant emprunté |
Si des frais de dossier ou une commission bancaire sont prélevés lors du déblocage des fonds, ils sont comptabilisés en charges (compte 627 « Services bancaires et assimilés ») ou, si leur montant est significatif, peuvent être étalés sur la durée de l'emprunt via le compte 4816 « Frais d'émission des emprunts » (amorti par le compte 6812).
Les écritures à chaque échéance
À chaque date d'échéance prévue au tableau d'amortissement, l'entreprise comptabilise à la fois le paiement des intérêts (charge financière) et le remboursement d'une fraction du capital emprunté (diminution de la dette) :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 661 | Charges d'intérêts | Intérêts de la période | |
| 164 | Emprunts auprès des établissements de crédit | Capital remboursé | |
| 512 | Banque | Annuité totale (intérêts + capital) |
Le montant des intérêts et la part de capital remboursée à chaque échéance sont donnés par le tableau d'amortissement de l'emprunt (annexe au contrat de prêt).
Intérêts courus non échus (ICNE) à la clôture
Lorsque la date de clôture de l'exercice ne coïncide pas avec une date d'échéance de l'emprunt, le principe d'indépendance des exercices impose de constater, au 31 décembre, les intérêts courus depuis la dernière échéance mais non encore échus (donc non encore facturés ni payés) :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 661 | Charges d'intérêts | Intérêts courus depuis la dernière échéance | |
| 1688 | Intérêts courus | Intérêts courus depuis la dernière échéance |
Cette écriture est contrepassée (extournée) à l'ouverture de l'exercice suivant, avant de comptabiliser l'échéance normale au taux plein lors de son paiement effectif.
Exemple chiffré
| Année | Capital dû en début de période | Intérêts (4 %) | Amortissement du capital | Annuité (intérêts + capital) | Capital dû en fin de période |
| N | 100 000 € | 4 000 € | 20 000 € | 24 000 € | 80 000 € |
| N+1 | 80 000 € | 3 200 € | 20 000 € | 23 200 € | 60 000 € |
| N+2 | 60 000 € | 2 400 € | 20 000 € | 22 400 € | 40 000 € |
| N+3 | 40 000 € | 1 600 € | 20 000 € | 21 600 € | 20 000 € |
| N+4 | 20 000 € | 800 € | 20 000 € | 20 800 € | 0 € |
Écriture au 31 décembre N (première échéance) : débit 661 « Charges d'intérêts » 4 000 € ; débit 164 « Emprunts... » 20 000 € ; crédit 512 « Banque » 24 000 €.
Cas particulier : emprunt souscrit en cours d'exercice
Si l'emprunt est souscrit le 1er septembre N (et non le 1er janvier), la première échéance contractuelle tombe le 31 août N+1 : elle ne coïncide pas avec la clôture au 31 décembre N. L'entreprise doit alors constater, au 31 décembre N, les intérêts courus non échus pour la période du 1er septembre au 31 décembre (4 mois), selon le mécanisme décrit plus haut (compte 1688), avant de comptabiliser l'échéance complète du 31 août N+1 pour son montant total.
Erreurs fréquentes et bonnes pratiques
| Erreurs fréquentes | Bonnes pratiques |
| ❌ Comptabiliser l'intégralité de l'annuité en charges financières (compte 661) | ✔️ Ventiler chaque échéance entre la charge d'intérêt (661) et le remboursement de capital (164), qui n'est pas une charge |
| ❌ Oublier de constater les intérêts courus non échus lorsque l'exercice ne coïncide pas avec les échéances de l'emprunt | ✔️ Calculer les ICNE au prorata temporis à la clôture (compte 1688) et extourner l'écriture à l'ouverture de l'exercice suivant |
| ❌ Confondre emprunt indivis et emprunt obligataire dans le choix du compte (164 vs 163) | ✔️ Réserver le compte 164 aux emprunts auprès d'un établissement de crédit ; utiliser le compte 163 pour les emprunts obligataires (voir le mémo dédié) |
En résumé
L'emprunt indivis est une dette envers un seul prêteur, comptabilisée au compte 164 pour son montant nominal. Chaque échéance se ventile entre charge d'intérêts (661) et remboursement de capital (164), selon un tableau d'amortissement construit par fractions égales, par annuités constantes ou in fine. À la clôture, les intérêts courus non échus doivent être constatés au compte 1688 si l'exercice ne coïncide pas avec les échéances contractuelles.
Dans la bibliothèque Rodco
Mémos
- L'emprunt (mécanique de calcul des 3 modes de remboursement, coût, TEG, découvert bancaire — Finances - Gestion)
- Les emprunts obligataires : émission, prime de remboursement et amortissement



