ESSENTIEL - L’emprunt bancaire : tableau de remboursement, intérêts et annuité
Une entreprise signe un emprunt de 1 500 000 € sur 4 ans, à un taux de 5 %.
Sa banque lui remet alors un tableau à cinq colonnes, dont chaque ligne représente une échéance.
Beaucoup d'étudiants savent recopier ce tableau sans vraiment comprendre ce que chacune de ses colonnes signifie au risque de confondre l'annuité versée avec le seul remboursement de la dette.
Comprendre ce document conditionne pourtant la lecture du bilan comme celle de la trésorerie prévisionnelle de l'entreprise.
Le principe
Un emprunt indivis est un emprunt souscrit auprès d'un seul prêteur (le plus souvent une banque), remboursé selon un échéancier fixé au départ.
À chaque échéance, quatre éléments s'articulent :
- le capital restant dû en début de période (ce que l'entreprise doit encore),
- les intérêts de la période (calculés sur ce capital restant dû, au taux convenu),
- l'amortissement du capital (la part de l'échéance qui rembourse réellement la dette)
- l'annuité (le montant total décaissé, intérêts et capital réunis).
Trois grandes modalités de remboursement coexistent :
- l'amortissement du capital constant, où le même montant de capital est remboursé à chaque échéance, ce qui rend l'annuité dégressive au fil du temps (les intérêts diminuant à mesure que la dette diminue) ;
- l'annuité constante, où c'est le montant total décaissé chaque année qui reste identique, la répartition entre intérêts et capital variant d'une échéance à l'autre ;
- le remboursement in fine, où seuls les intérêts sont versés à chaque échéance intermédiaire, la totalité du capital n'étant remboursée qu'à la toute dernière échéance.
Capital constant, annuité constante ou in fine ?
| Critère | Amortissement du capital constant | Annuité constante | In fine |
| Montant remboursé en capital | Identique à chaque échéance (capital emprunté / nombre d’échéances) | Variable : croissant d'une échéance à l'autre | Nul à chaque échéance intermédiaire ; la totalité du capital est remboursée en une seule fois, à la dernière échéance |
| Montant des intérêts | Dégressif (calculé sur un capital restant dû qui diminue chaque année du même montant) | Dégressif également, mais compensé par un amortissement du capital croissant | Constant sur toute la durée : le capital restant dû ne diminue pas avant la dernière échéance, les intérêts se calculent donc chaque année sur le capital initial |
| Montant de l'annuité | Dégressif d’une échéance à l’autre | Identique à chaque échéance | Identique (intérêts seuls) à chaque échéance intermédiaire, puis fortement majorée à la dernière échéance (intérêts + capital) |
| Usage typique | Fréquent pour les emprunts bancaires classiques des PME | Fréquent pour les crédits immobiliers, pour lisser la charge de remboursement | Utilisé lorsque l'emprunteur attend une rentrée de fonds précise à l'échéance (cession d'actif, autre financement arrivant à terme) ou souhaite préserver sa trésorerie pendant la durée du prêt |
Un exemple chiffré - méthode de l'amortissement constant
Une entreprise, qui clôture son exercice le 31 décembre, souscrit le 1er juillet N-1 un emprunt de 1 500 000 € sur 4 ans, au taux de 5 %, auprès de sa banque, remboursable en amortissement du capital constant :
| Échéance | Capital restant dû en début de période | Intérêts annuels | Amortissement annuel | Annuité | Capital restant dû en fin de période |
| 01/07/N | 1 500 000,00 € | 75 000,00 € | 375 000,00 € | 450 000,00 € | 1 125 000,00 € |
| 01/07/N+1 | 1 125 000,00 € | 56 250,00 € | 375 000,00 € | 431 250,00 € | 750 000,00 € |
| 01/07/N+2 | 750 000,00 € | 37 500,00 € | 375 000,00 € | 412 500,00 € | 375 000,00 € |
| 01/07/N+3 | 375 000,00 € | 18 750,00 € | 375 000,00 € | 393 750,00 € | 0,00 € |
Amortissement annuel du capital = 1 500 000,00 / 4 = 375 000,00 €, identique chaque année. Intérêts de la 1ère échéance = 1 500 000,00 × 5 % = 75 000,00 €, puis recalculés chaque année sur le capital restant dû. Annuité = intérêts + amortissement du capital.
Écriture de mise à disposition des fonds (01/07/N-1) :
| Date | N° compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 01/07/N-1 | 512 | Banque | 1 500 000,00 € | |
| 164 | Emprunts auprès des établissements de crédit | 1 500 000,00 € | ||
| Octroi de l’emprunt bancaire | ||||
Écriture de paiement de la 1ère échéance (01/07/N) :
| Date | N° compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 01/07/N | 164 | Emprunts auprès des établissements de crédit | 375 000,00 € | |
| 661 | Charges d’intérêts | 75 000,00 € | ||
| 512 | Banque | 450 000,00 € | ||
| Paiement de la 1ère échéance | ||||
Un exemple chiffré- méthode in fine
Reprenons le même emprunt de 1 500 000 €, sur 4 ans, au taux de 5 %, souscrit le 1er juillet N-1, mais remboursable cette fois in fine :
| Échéance | Capital restant dû en début de période | Intérêts annuels | Amortissement annuel | Annuité | Capital restant dû en fin de période |
| 01/07/N | 1 500 000,00 € | 75 000,00 € | 0,00 € | 75 000,00 € | 1 500 000,00 € |
| 01/07/N+1 | 1 500 000,00 € | 75 000,00 € | 0,00 € | 75 000,00 € | 1 500 000,00 € |
| 01/07/N+2 | 1 500 000,00 € | 75 000,00 € | 0,00 € | 75 000,00 € | 1 500 000,00 € |
| 01/07/N+3 | 1 500 000,00 € | 75 000,00 € | 1 500 000,00 € | 1 575 000,00 € | 0,00 € |
Le capital restant dû ne bouge pas tant que l'échéance finale n'est pas atteinte : les intérêts, calculés sur ce même montant de 1 500 000,00 €, restent donc identiques (75 000,00 €) à chaque échéance.
Seule la dernière échéance inclut, en plus des intérêts, le remboursement de la totalité du capital emprunté.
Écriture de paiement d’une échéance intermédiaire (01/07/N) :
| Date | N° compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 01/07/N | 661 | Charges d’intérêts | 75 000,00 € | |
| 512 | Banque | 75 000,00 € | ||
| Paiement de l’échéance (intérêts seuls, capital inchangé) | ||||
Écriture de paiement de la dernière échéance (01/07/N+3) :
| Date | N° compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 01/07/N+3 | 164 | Emprunts auprès des établissements de crédit | 1 500 000,00 € | |
| 661 | Charges d’intérêts | 75 000,00 € | ||
| 512 | Banque | 1 575 000,00 € | ||
| Paiement de la dernière échéance : intérêts + remboursement intégral du capital | ||||
Cas particuliers
| Situation | Ce qu’il faut retenir | Pour aller plus loin |
| Différé d’amortissement | Pendant une période initiale, l'entreprise ne paie que les intérêts : le capital reste inchangé, ce qui allège la trésorerie en début de projet, avant que les recettes attendues ne se matérialisent. À ne pas confondre avec l'in fine : le différé ne concerne qu'une partie de la durée du prêt, l'in fine porte sur la totalité de la durée. | À anticiper dans le plan de financement lorsqu'un investissement met du temps à générer des revenus. |
| Frais de dossier et garanties | Les frais annexes à l'obtention du prêt (frais de dossier, garanties, assurance emprunteur) ne figurent pas dans le tableau de remboursement : ils font l'objet d'un enregistrement distinct. | Peuvent être étalés sur la durée de l'emprunt selon les règles applicables aux frais d'émission des emprunts. |
Erreurs fréquentes et bons réflexes
| Erreur | Conséquence | Bon réflexe |
| Confondre annuité et amortissement du capital | Le montant décaissé (annuité) est surestimé... ou l'inverse : l'annuité inclut les intérêts, ce n'est pas que le remboursement de la dette. | Toujours distinguer les deux colonnes du tableau : amortissement du capital (dette) et intérêts (charge), dont la somme est l'annuité. |
| Calculer les intérêts sur le montant initial de l’emprunt | Intérêts surévalués à partir de la 2ème échéance : les intérêts se calculent sur le capital restant dû, qui diminue à chaque échéance. | Toujours partir du capital restant dû en DÉBUT de la période concernée, jamais du montant initial emprunté. |
| Oublier l’écriture de mise à disposition des fonds | Le compte 164 (dette) et le compte de banque ne reflètent pas l'octroi réel de l'emprunt : les comptes sont incomplets. | Systématiser l'enregistrement de l'octroi des fonds, au même titre que celui de chaque échéance. |
Bonnes pratiques
Avant toute chose, identifiez la méthode retenue (capital constant, annuité constante ou in fine) : elle détermine la formule à appliquer à chaque ligne du tableau.
| Bon réflexe | Pourquoi ? |
| Toujours recalculer les intérêts à partir du capital restant dû en début de période | Seule méthode qui garantit l’exactitude du tableau, échéance après échéance. |
| Vérifier que le capital restant dû final atteint bien 0,00 € | Un contrôle simple qui permet de détecter une erreur de calcul avant la fin du tableau. |
| Enregistrer aussi bien l’octroi des fonds que chaque échéance | Le compte 164 doit refléter à tout moment la dette réellement restante. |
En résumé
| Principe comptable | Ce qu’il impose ici |
| Indépendance des exercices | Seule la part d'intérêts courue sur l'exercice constitue une charge de cet exercice ; l'amortissement du capital n'est jamais une charge, il diminue seulement la dette. |
| Image fidèle | Le compte 164 doit refléter, à chaque clôture, le montant exact du capital restant dû — ni plus, ni moins. |
| Prudence | Un emprunt engage l'entreprise sur plusieurs exercices : anticiper sa capacité de remboursement (charge d'intérêts et de capital) fait partie de l'analyse préalable à sa souscription. |
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