MÉMO - Dépréciation client ou créance irrécouvrable : quelle différence ?
Une créance impayée ne se traite pas de la même façon selon que la perte est probable ou définitive. Toute la difficulté tient à situer le curseur : trop tôt, l'entreprise sort de son bilan une créance qu'elle aurait peut-être encaissée ; trop tard, elle maintient à l'actif une somme qu'elle ne reverra jamais.
Réponse rapide
| Question | Réponse |
| Sur quoi repose la distinction ? | Le degré de certitude de la perte : probable ou définitive |
| Que devient la créance ? | Dépréciation : elle reste au bilan, en compte 416. Irrécouvrable : elle est sortie de l'actif |
| Quel compte de charge ? | 68174 pour la dépréciation, 654 pour la perte définitive |
| La TVA est-elle récupérable ? | Jamais au stade de la dépréciation. Uniquement lorsque l'irrécouvrabilité est établie |
| Peut-on passer de l'une à l'autre ? | Oui : une créance dépréciée devient souvent irrécouvrable par la suite |
Le principe : une question de certitude
Tant qu'il subsiste une possibilité raisonnable d'encaisser tout ou partie de la créance, celle-ci reste au bilan. Elle est reclassée du compte 411 vers le compte 416 « Clients douteux ou litigieux », et corrigée par une dépréciation à hauteur du risque estimé.
Lorsque tous les éléments établissent que le client ne paiera plus (liquidation judiciaire sans actif, certificat d'irrécouvrabilité, décision de justice) la perte cesse d'être probable pour devenir certaine. La créance sort alors de l'actif et la perte est constatée définitivement.
Le curseur n'est donc pas le montant, ni l'ancienneté de la créance : c'est la nature de la preuve dont dispose l'entreprise.
Tableau comparatif
| Critère | Dépréciation | Créance irrécouvrable |
| Nature de la perte | Probable | Définitive |
| Sort de la créance | Conservée au bilan, en compte 416 | Sortie de l'actif, le compte 416 est soldé |
| Compte de charge | 68174 « Dotations aux dépréciations des créances » | 654 « Pertes sur créances irrécouvrables » |
| Compte de contrepartie | 491 « Dépréciations des comptes de clients » | 416, pour le montant TTC |
| Base retenue | Le hors taxes | Le hors taxes en 654, la TVA récupérée en 44571 |
| TVA | Aucune régularisation possible | Régularisation sous conditions (art. 272 du CGI) |
| Réversibilité | Oui, la dépréciation s'ajuste ou se reprend | Non, sauf rentrée sur créance amortie |
| Justificatif attendu | Indices objectifs de difficulté | Preuve du caractère définitif de la perte |
Les écritures
Sur une créance de 12 000 € TTC, dont 10 000 € HT, avec un risque estimé à 60 %.
Si la perte est probable
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 68174 | Dotations aux dépréciations des créances | 6 000,00 | |
| 491 | Dépréciations des comptes de clients | 6 000,00 |
Si la perte devient définitive
La dépréciation est d'abord reprise, puis la perte constatée :
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 491 | Dépréciations des comptes de clients | 6 000,00 | |
| 78174 | Reprises sur dépréciations des créances | 6 000,00 |
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
| 654 | Pertes sur créances irrécouvrables | 10 000,00 | |
| 44571 | TVA collectée | 2 000,00 | |
| 416 | Clients douteux ou litigieux | 12 000,00 |
Cas particuliers
| Situation | Ce qu'il faut retenir |
| Passage progressif de l'une à l'autre | Le cas le plus fréquent : la créance est d'abord dépréciée, puis passée en perte lorsque la preuve du caractère définitif est obtenue |
| Perte définitive sans dépréciation préalable | Possible si l'événement survient brutalement : aucune reprise à passer, seule la perte est constatée |
| Recouvrement partiel après passage en perte | Le produit s'enregistre en compte 7583 « Rentrées sur créances amorties », et non par annulation de la perte |
| Créance abandonnée volontairement | L'abandon de créance ne suit pas le même régime que l'irrécouvrabilité : il obéit à ses propres conditions de déduction |
| Liquidation en cours mais issue inconnue | Tant que le mandataire n'a pas confirmé l'absence de répartition, la perte reste probable : dépréciation, pas irrécouvrabilité |
Erreurs fréquentes et bonnes pratiques
| Erreur fréquente | Bonne pratique |
| Passer une créance en irrécouvrable trop tôt | Exiger un élément probant du caractère définitif : jugement, certificat, confirmation du mandataire |
| Maintenir une dépréciation alors que la perte est établie | Reprendre la dépréciation et constater la perte dès que la preuve est obtenue |
| Récupérer la TVA au stade de la dépréciation | Attendre l'irrécouvrabilité et établir le document rectificatif prévu à l'article 272 du CGI |
| Solder le compte 411 au moment de la dépréciation | Reclasser en 416 et n'y toucher qu'au passage en perte définitive |
| Oublier de reprendre la dépréciation existante | Enchaîner systématiquement reprise puis constatation de la perte |
Mettez en pratique
Au 31 décembre N, la SAS ALPHA SERVICES analyse trois créances clients. Pour chacune, indiquez s'il convient de constater une dépréciation ou une créance irrécouvrable, et justifiez votre réponse.
| Client | Situation |
| Client A | Plusieurs relances sont restées sans réponse. Le client connaît des difficultés financières mais poursuit son activité. |
| Client B | Le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire. Le mandataire judiciaire confirme qu'aucun remboursement ne pourra intervenir. |
| Client C | Un litige commercial est en cours. Les négociations entre les deux parties se poursuivent. |
Correction
| Client | Traitement | Justification |
| Client A | Dépréciation | Le risque de non-recouvrement est élevé, mais l'activité se poursuit : la perte n'est pas encore certaine |
| Client B | Créance irrécouvrable | La liquidation, assortie de la confirmation du mandataire, établit le caractère définitif de la perte |
| Client C | Dépréciation, à hauteur du risque estimé | Le litige rend la créance incertaine sans la rendre irrécouvrable : les négociations peuvent aboutir |
En résumé
| Point clé | Ce qu'il faut retenir |
| Le critère | Le degré de certitude de la perte, pas son montant ni l'ancienneté de la créance |
| Perte probable | Créance conservée en 416, dépréciation en 491 sur la base hors taxes |
| Perte définitive | Créance sortie de l'actif, perte en 654, TVA récupérable sous conditions |
| L'enchaînement | Reprise de la dépréciation d'abord, constatation de la perte ensuite |
| La preuve | C'est elle qui fait basculer d'un traitement à l'autre : sans elle, la perte reste probable |



