ESSENTIEL - Les opérations en devises : de la facture au règlement

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Une facture libellée en dollars ne pose aucune difficulté le jour où elle est établie : il suffit de la convertir au cours du jour. Le problème naît du temps qui passe. Entre la facture et son règlement, le cours bouge, et la créance inscrite au bilan ne vaut plus ce qu'elle valait.

Toute la mécanique comptable des opérations en devises tient dans une seule distinction : l'écart de change est-il réalisé, ou seulement latent ? De la réponse dépendent le compte utilisé, l'impact sur le résultat et la nécessité d'une provision.

Le principe

Une créance ou une dette en monnaie étrangère est comptabilisée en euros au cours du jour de l'opération. Ce montant reste figé jusqu'à la clôture. À l'inventaire, elle est réévaluée au dernier cours de change de l'exercice, mais l'écart constaté ne passe pas par le résultat : il est logé dans un compte transitoire, parce que l'opération n'est pas encore dénouée. Seule la perte latente donne lieu à une provision, par prudence. L'écart définitif, lui, n'apparaît qu'au règlement.

Trois moments, trois traitements

Moment Cours retenu Traitement comptable Impact sur le résultat
À la facture Cours du jour de l'opération La créance ou la dette est inscrite pour sa contre-valeur en euros Aucun
À la clôture Dernier cours de change de l'exercice Écart porté au 476 ou au 477, en contrepartie du compte de tiers ; provision au 1515 si la perte est latente Uniquement par la dotation à la provision
À l'ouverture suivante — Contrepassation de l'écart de conversion Aucun
Au règlement Cours du jour du règlement Écart définitif en charge ou en produit ; reprise de la provision Oui, l'écart devient réalisé

Perte ou gain latent : où inscrire l'écart ?

Situation à la clôture Effet sur le poste Compte d'écart Provision
Le cours baisse sur une créance La créance vaut moins 476 Différences de conversion - Actif Oui
Le cours monte sur une dette La dette coûte plus 476 Différences de conversion - Actif Oui
Le cours monte sur une créance La créance vaut plus 477 Différences de conversion - Passif Non
Le cours baisse sur une dette La dette coûte moins 477 Différences de conversion - Passif Non

Les deux colonnes ne se compensent pas : un écart actif et un écart passif coexistent au bilan, chacun pour son montant.

Au règlement : quel compte de résultat ?

Nature de l'opération Perte de change Gain de change Rubrique du résultat
Créance client, dette fournisseur 656 Pertes de change sur créances commerciales 756 Gains de change sur créances commerciales Exploitation
Emprunt, prêt, disponibilités 666 Pertes de change 766 Gains de change Financier

Cas particuliers

Situation Ce qu'il faut retenir Pour aller plus loin
Disponibilités en devises Le solde du compte bancaire en devises est converti au dernier cours, mais l'écart passe directement en résultat financier : ni 476, ni 477, ni provision L'opération est réputée dénouée à tout instant
Position globale de change Les pertes et les gains latents peuvent être compensés par devise, pour des échéances voisines ; la provision se limite alors à la perte nette C'est une dérogation au principe de non-compensation, à justifier au dossier
Opération couverte L'écart neutralisé par la couverture est isolé au 4768 et n'appelle pas de provision à hauteur de la couverture MÉMO - Le risque de change : change à terme ou option de change ?
Emprunt en devises finançant un bien situé à l'étranger Pas de provision : la perte latente sur l'emprunt est compensée par la valeur du bien acquis dans la même monnaie La dispense doit être cohérente d'un exercice à l'autre
Traitement fiscal Les écarts latents sont imposables ou déductibles dès leur constatation, et la provision pour perte de change n'est pas déductible MÉMO - Le traitement fiscal des dettes et créances en devises

Erreurs fréquentes et bonnes pratiques

Erreur Conséquence Bonne pratique
Enregistrer l'écart de clôture directement en 666 ou 766 Un gain non encaissé vient gonfler le résultat et l'impôt Passer par le 476 ou le 477 tant que la créance ou la dette n'est pas réglée
Omettre la provision sur une perte latente Charge de l'exercice sous-évaluée, principe de prudence non respecté Doter au 6865 le montant exact de la perte latente constatée au 476
Provisionner aussi les gains latents Résultat minoré et provision sans objet au bilan Ne provisionner que les pertes : le gain latent reste au passif, sans écriture de résultat
Compenser spontanément une perte et un gain latents Écarts de conversion faussés à l'actif comme au passif Inscrire chaque écart pour son montant ; la compensation ne se justifie que dans une position globale de change
Oublier de contrepasser les 476 et 477 à l'ouverture L'écart latent se cumule avec l'écart réalisé au règlement Contrepasser dès le premier jour de l'exercice suivant, avant toute écriture de règlement
Utiliser 666 ou 766 pour une créance commerciale Le résultat d'exploitation est amputé d'un écart qui lui revient Réserver 656 et 756 aux créances et dettes commerciales, 666 et 766 aux opérations financières
Réévaluer sans état des créances et dettes par devise et par échéance Réévaluation invérifiable, et position globale de change impossible à apprécier Tenir cet état à la clôture : c'est la pièce qui justifie l'ensemble des écritures
Ne pas conserver la source du cours de clôture retenu L'évaluation ne peut plus être refaite à l'identique un an plus tard Figer la source du cours et la classer au dossier de révision
Reprendre la provision de l'exercice précédent puis en doter une nouvelle Dotation et reprise gonflent inutilement le compte de résultat Ne comptabiliser que la variation entre la provision nécessaire et celle déjà constituée

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En résumé

Principe comptable Ce qu'il impose sur les devises
Prudence Les pertes latentes sont provisionnées, les gains latents ne sont jamais portés au résultat
Non-compensation Écarts actifs et passifs figurent séparément au bilan
Indépendance des exercices L'écart latent appartient à l'exercice de clôture, l'écart réalisé à celui du règlement
Image fidèle Le bilan présente les créances et dettes au dernier cours connu, pas au cours d'origine
Permanence des méthodes Le choix d'une position globale de change ou d'une dispense de provision se maintient d'un exercice à l'autre

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