ESSENTIEL - La dépréciation des immobilisations
L’amortissement traduit l’usure normale et prévisible d’une immobilisation, planifiée dès son entrée dans les comptes. Mais un événement imprévu, perte de marché, dégradation accidentelle, obsolescence technologique brutale, peut faire chuter la valeur d’un bien bien plus vite, ou bien plus fort, que ne le prévoyait son plan d’amortissement.
Comment ce type de perte de valeur, non planifiée et potentiellement réversible, est-il pris en compte dans les comptes ?
Le principe
Une dépréciation est constatée lorsque la valeur actuelle d’une immobilisation devient notablement inférieure à sa valeur nette comptable (PCG, art. 214-6).
La valeur actuelle est la valeur la plus élevée entre la valeur vénale (montant qui pourrait être obtenu d’une vente sur le marché) et la valeur d’usage (valeur actualisée des flux nets de trésorerie attendus de l’utilisation du bien).
Contrairement à l’amortissement, systématique et irréversible, la dépréciation résulte d’un indice de perte de valeur identifié, et peut être reprise si cet indice disparaît ou s’atténue.
Amortissement et dépréciation : deux logiques distinctes
| Amortissement | Dépréciation | |
|---|---|---|
| Origine | Consommation normale et prévisible des avantages économiques | Événement ou indice particulier de perte de valeur, non prévu à l'origine |
| Caractère | Systématique, planifié dès l'entrée du bien, irréversible | Constatée au cas par cas, à chaque clôture, réversible |
| Fréquence de constatation | À chaque exercice, selon le plan d'amortissement | Uniquement lorsqu'un indice de perte de valeur est identifié |
| Reprise possible | Non | Oui, dans la limite du montant initialement constaté |
Le test de dépréciation
| Étape | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|
| Déclenchement | À chaque clôture, dès qu'un indice de perte de valeur apparaît, interne ou externe à l'entité (PCG, art. 214-15) |
| Indices courants | Baisse significative de la valeur de marché, obsolescence ou dégradation physique, changement défavorable de l'environnement économique ou technologique, performances inférieures aux prévisions |
| Comparaison à effectuer | Valeur actuelle, la plus élevée entre valeur vénale et valeur d'usage, comparée à la valeur nette comptable |
| Constatation | Une dépréciation n'est comptabilisée que si l'écart entre valeur actuelle et VNC est notable |
Cas particuliers
| Situation | Ce qu'il faut retenir | Pour aller plus loin |
|---|---|---|
| La valeur actuelle remonte après une dépréciation | La dépréciation est reprise, dans la limite du montant initialement constaté, sans jamais ramener la VNC au-delà de ce qu'elle aurait été sans dépréciation | - |
| Immobilisation dépréciée puis cédée | La dépréciation doit être soldée, comme les amortissements, avant de déterminer la VNC servant au calcul du résultat de cession | ESSENTIEL - Les cessions d'immobilisations |
| Écart entre la durée d'utilisation prévue et la réalité, sans indice de perte de valeur | Ce n'est pas une dépréciation mais une révision du plan d'amortissement, traitée de façon prospective | MÉMO - La révision du plan d'amortissement |
Erreurs fréquentes et bonnes pratiques
| Erreur | Conséquence | Bonne pratique |
|---|---|---|
| Confondre dépréciation et amortissement complémentaire | Une charge d'amortissement est comptabilisée là où seule une dépréciation, réversible, aurait dû l'être | Distinguer l'usure normale planifiée, qui relève de l'amortissement, de la perte de valeur non planifiée, qui relève de la dépréciation |
| Ne réaliser le test de dépréciation qu'en cas de doute manifeste | Dépréciations non constatées à temps, valeur nette comptable surévaluée | Examiner à chaque clôture l'existence d'un indice de perte de valeur, même en l'absence de doute évident : le PCG impose cet examen dès qu'un indice apparaît |
| Reprendre une dépréciation au-delà du montant initialement constaté | La VNC est ramenée au-delà de ce qu'elle aurait été sans dépréciation | Plafonner toute reprise à la dépréciation initialement constatée |
| Constater une dépréciation pour un écart non significatif | Multiplication d'ajustements mineurs sans réelle pertinence | Ne comptabiliser une dépréciation que si l'écart entre valeur actuelle et VNC est notable |
| Ne pas documenter l'indice de perte de valeur retenu | Montant impossible à justifier, et suivi des reprises ultérieures compromis | Consigner au dossier l'indice constaté et la méthode d'évaluation de la valeur actuelle |
| Céder un bien sans vérifier s'il portait une dépréciation | Dépréciation non soldée, VNC de cession fausse, plus ou moins-value erronée | Contrôler l'existence d'une dépréciation avant tout calcul de résultat de cession |
© 2026 RODCO — www.rodco.fr
En résumé
| Principe | Ce qu'il impose |
|---|---|
| Prudence | Constater sans délai toute perte de valeur notable et durable, même incertaine dans son montant exact |
| Image fidèle | Ne pas surévaluer la valeur nette comptable d'un bien dont la valeur actuelle a durablement chuté |
| Non-compensation | Présenter séparément amortissements et dépréciations, sans les confondre dans un même montant |
| Permanence des méthodes | Appliquer le même test de dépréciation, avec la même rigueur, d'un exercice à l'autre |
© 2026 RODCO — www.rodco.fr



